PARIS (Reuters) - Enchaînée 24 heures sur 24 pendant trois ans, un traitement qu'elle n'infligerait "même pas à une plante"... Ingrid Betancourt lève petit à petit le voile sur ses conditions de détention au fil des interviews. Dans un entretien diffusé vendredi par Europe 1, l'ex-otage a été interrogée sur d'éventuelles "tortures, vexations et humiliations" pendant les six ans et demi passés aux mains des Farc dans la jungle colombienne. "Oui, elles ont existé", a-t-elle répondu, mais "lorsque j'ai pris cet hélicoptère et que je me suis élevée au-dessus de cette jungle, je me suis dit à moi-même que ces détails sordides ne devaient pas être portés à la connaissance du public". "J'ai eu les chaînes tout le temps, 24 heures sur 24, pendant trois ans", a-t-elle cependant précisé. "Je pense qu'il faut garder une grande spiritualité pour ne pas glisser dans cet abîme", a souligné la Franco-Colombienne. Mercredi soir, quelques heures après sa libération, l'ancienne sénatrice s'était agenouillée sur le tarmac de l'aéroport militaire colombien où elle venait de retrouver sa mère, remerciant Dieu et la Vierge. Attendue vendredi après-midi à Paris, où elle doit être accueillie par Nicolas Sarkozy, Ingrid Betancourt a d'ores et déjà annoncé qu'elle rencontrerait le pape Benoît XVI au Vatican la semaine prochaine. "Il y avait des moments de grandes crises, de grande dureté, de sévices. Il y avait des moments où ils essayaient de montrer un autre visage parce que c'était tellement monstrueux que je pense qu'ils en étaient eux-mêmes dégoûtés", a-t-elle dit sur Europe 1. Interrogée sur France 2 jeudi soir, elle avait expliqué qu'elle n'aurait pas infligé à un "animal, même pas à une plante" le traitement qu'elle avait reçu pendant sa détention. Lors d'une conférence de presse à Bogota peu avant, elle avait donné plus de précisions. "La mort est le compagnon le plus fidèle de l'otage", a-t-elle déclaré aux journalistes, Chaque soir, ses gardiens la forçaient à rejoindre son hamac à six heures, a-t-elle raconté. Dans les camps des rebelles, les cigarettes lui servaient de monnaie d'échange, par exemple contre un morceau de savon ou contre des médicaments pour calmer ses douleurs d'estomac. Ses tentatives d'évasion avaient rendu ses gardiens furieux et les punitions avaient chaque fois été sévères - enchaînée par le cou à un arbre, privée de nourriture, forcée de marcher pieds nus d'un camp à l'autre. "J'ai eu des expériences douloureuses (...) mais je ne veux pas en parler, maintenant c'est le temps du bonheur", avait-elle conclu
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